Depuis le 5 novembre 2001, Le DUERP (Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels) s’impose comme un outil incontournable dans la politique de prévention en entreprise. La loi de 2014, impose une prise en compte différenciée des risques selon le sexe, un sujet remis à l’avant-plan avec la publication du guide méthodologique de l’Anact de septembre 2025. Ce guide vise à enrichir les pratiques d’évaluation et à corriger l’invisibilisation persistante des risques propres à chaque sexe.
Qu’est-ce qu’une analyse différenciée ? Comment la prendre en compte ? Nos réponses ci-dessous.
Le DUERP formalise l’identification et la hiérarchisation des risques professionnels qui impactent la santé et la sécurité des salariés. Depuis une décennie, la réglementation impose que cette évaluation prenne en compte « l’impact différencié de l’exposition au risque en fonction du sexe ». L’objectif est de ne plus raisonner sur un « travailleur universel », traditionnellement masculin, mais bien d’intégrer les réalités différenciées des hommes et des femmes dans le monde du travail, sur les plans biologique, social et organisationnel.
Pourquoi une analyse différenciée ?
L’analyse différenciée répond à plusieurs enjeux : respecter la réglementation, mieux cibler la prévention, réduire les inégalités professionnelles, valoriser la santé au travail des femmes et améliorer le dialogue social. Le guide Anact 2025 insiste sur le fait que, faute d’une telle démarche, des pans entiers des risques pesant sur les femmes restent sous-évalués. On peut citer par exemple :
- Les expositions physiques (TMS), chimiques, biologiques ou psychosociales dans les métiers féminisés (caractérisé par un taux élevé de femmes parmi les personnes qui l’exercent, souvent dépassant les 60–70%.) ;
- L’impact cumulé travail/famille et la charge mentale associée, sans parler des "violences" sexiste, souvent invisibilisés ;
- Les spécificités de la santé reproductive féminine.
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Constat : des réalités de travail différenciées
Les études montrent que la ségrégation professionnelle reste forte. En France, sur environ 88 métiers analysés, 23 sont à prédominance féminine, 44 à prédominance masculine. Les femmes restent majoritairement dans des parcours précaires, des métiers à risques, pourtant peu reconnus comme tels : soins, propreté, actions sociales, éducation, commerce... Par contraste, les hommes occupent davantage des postes techniques ou de management où les risques, plus visibles, sont mieux pris en compte. Cela explique une hausse de 41,6 % des accidents du travail féminins entre 2001 et 2019, alors qu’ils baissent de 27,2 % chez les hommes (source : Anact, 2022).
La pénibilité diffère également. Les métiers féminisés cumulent plusieurs types de risques (manque de soutien, risque émotionnel, conflits de valeur, instabilité, etc.) alors que les métiers masculinisés sont plus ciblés sur la charge physique ou l’intensité du travail.
Les facteurs d’invisibilisation
Le guide Anact recense 8 facteurs qui invisibilisent les risques pour les femmes :
- Manque de données sexuées et analyse globale qui masque la diversité des situations ;
- Prise en compte insuffisante des conditions de travail réelles ;
- Approche de prévention par risques, détachée des réalités concrètes de chaque sexe ;
- Naturalisation des compétences féminines (charge émotionnelle, multitâche, aidance) ;
- Conception des équipements basée sur des normes masculines (EPI, ergonomie) ;
- Parcours et évolutions professionnelles limités renforçant l’usure et l’inaptitude ;
- Santé reproductive ignorée (endométriose, ménopause, fertilité) ;
- Risques émergents mal connus (nanomatériaux, perturbateurs endocriniens, crises sanitaires).
Le cadre réglementaire et ses obligations
L’évaluation différenciée s’appuie sur diverses obligations légales : Le Code du travail (art. L.4121-3 et R.4121-1 à R.4121-4), avec une obligation d’inscrire dans le DUERP un inventaire des risques par unités de travail, couvrant tous les salariés ; La loi de 2014 avec l’obligation de prendre en compte l’impact différencié selon le sexe ; Le décret de mars 2022 demandant la mise en œuvre d’un programme d’actions et une priorisation (le PAPRIPACT pour les entreprises de 50 salariés et plus).
Méthodologie : Une démarche évaluation différenciée en 5 phases
Le guide de l’Anact structure la démarche autour de cinq grandes phases, dont chaque étape intègre une réflexion différenciée femmes/hommes.
Structurer la démarche et mobiliser les acteurs
L’implication du plus grand nombre est indispensable. Il faut installer un pilotage paritaire (direction, CSE/CSSCT, fonction RH, prévention, SPST), créer des groupes de travail mixtes et garantir la représentation réelle des situations de femmes et d’hommes (en proportion des effectifs). Il est aussi primordial d’associer les référents égalité professionnelle et harcèlement.
Contextualiser l’évaluation
Connaître le contexte de l'entreprise : recueillir les données de sinistralité sexuées, comprendre la structuration des métiers, interroger les parcours professionnels, analyser l'absentéisme... L’approche propose de caractériser chaque unité de travail selon la proportion hommes/femmes, types de contrat, horaires, âge, etc., afin de repérer les expositions différenciées sur le terrain.
Recenser et évaluer les risques
On enrichit l’analyse existante pour chaque groupe, en intégrant les risques de violence sexiste et sexuelle, reconnus comme risques professionnels. On peut s'appuyer sur des outils tels que des observations, des questionnaires, de groupes de discussion, des analyses de postes… Le but est d’identifier pour chaque unité de travail des « situations à risques » spécifiques à chaque sexe, en tenant compte de la diversité des parcours, de la réalité du travail physique, et de la charge psychosociale.
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Formaliser dans le DUERP
Le guide préconise de présenter les résultats différenciés, par exemple les taux d’accident, l’absentéisme, l’exposition à certains risques spécifiques par sexe. On recommande d’illustrer cela dans le DUERP par des données et des analyses genrées et de rédiger le DUERP dans un langage accessible à tous.
Mettre en œuvre des actions de prévention
Le passage à l’action dépend de la priorisation selon la gravité, l’urgence ou la fréquence des risques constatés. Les mesures d’amélioration doivent viser à :
- Adapter les équipements, l'organisation, les horaires et la formation à la diversité réelle des effectifs ;
- Éradiquer la sous-valorisation ou la « naturalisation » des tâches féminines ;
- Intégrer la santé reproductive dans la prévention (par exemple, adaptation des rythmes et postes durant certaines périodes de la vie des femmes, proposer du télétravail, instaurer un droit au congé menstruel...).
Les outils pratiques : grilles, tableaux et fiches d’analyse
Le guide de septembre 2025 de l’Anact sur l’analyse des risques différenciée propose 25 questions-clés pour s’assurer que chaque composante d’une analyse différenciée est bien prise en compte dans le DUERP ; 6 tableaux opérationnels à renseigner dans chaque unité de travail sur l’environnement physique, l’organisation, l’articulation des temps, les relations et le management, les parcours, la santé reproductive ; des exemples d’actions préventives, notamment contre les violences sexistes, l’usure, ou la précarité.
Spécificités des impacts : entre biologie et organisation
La prise en compte du sexe doit s’appuyer sur des connaissances biologiques (morphologie, force, fonctionnement hormonal), mais aussi sur l’analyse sociale des métiers (répartition des tâches, évolution, horaires…). Le guide souligne que, par exemple, la conception des EPI doit intégrer la diversité morphologique, et que les postes de soin ou de retail, très féminisés, exposent à des risques psychosociaux et physiques souvent négligés.
Le guide Anact 2025 fait du DUERP un levier de réduction des inégalités de santé au travail. L’approche différenciée ne doit pas être vue comme une complexité administrative, mais comme une opportunité d’améliorer la santé et la qualité de vie au travail de toutes et tous. Sensibiliser et former tous les acteurs à l’approche différenciée, structurer la démarche autour d’une gouvernance paritaire, garantir la remontée et l’exploitation de données sexuées, prioriser les actions de prévention à partir de constats objectivés, intégrer la santé reproductive et la lutte contre les violences sexistes comme risques à part entière dans le DUERP, autant d’éléments qui rendront votre évaluation des risques optimale et vous garantira un bien-être et une performance durable.
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