Date de mise à jour 22/10/2026

IA, données, géopolitique. Quel avenir pour les directions RSE ?
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L’intelligence artificielle s’installe dans les organisations, les données ESG prennent une valeur stratégique et la souveraineté numérique devient un sujet de gouvernance. Dans ce contexte, les directions RSE voient leur rôle évoluer. À l’occasion de Produrable, nous avons interrogé Anaïs BRIFFARD, spécialiste RSE chez BlueKanGo, à l’issue de sa conférence.

 

La direction RSE de demain devra-t-elle maîtriser davantage les données que les normes ?

Je pense que la maîtrise des données occupera effectivement une place croissante dans les compétences des directions RSE. Cette évolution ne réduit toutefois pas l’importance des normes, la maîtrise des données et celle des exigences normatives deviennent en réalité indissociables. Le véritable défi ne consiste donc plus seulement à déterminer quelles données publier, il s’agit surtout de comprendre comment elles sont construites. Derrière chaque indicateur se trouvent des choix méthodologiques qui influencent directement le résultat final, qu’il s’agisse du périmètre retenu, des facteurs d’émission utilisés, des hypothèses de calcul ou des critères et seuils de matérialité.

 

Autrement dit, maîtriser la donnée, c'est aussi maîtriser la façon dont la norme s'applique concrètement. Cette compétence devient d'autant plus stratégique que les risques liés aux données se multiplient : diversité des sources, recours à l'IA, manque de traçabilité ou dépendance à des fournisseurs externes.

 

Les directions RSE doivent désormais être en mesure de garantir l'origine, la qualité et la gouvernance des informations produites. Leur rôle ne se limitera plus à interpréter les normes , elles devront aussi instaurer la confiance dans les données, en veillant à leur qualité, à leur traçabilité et à leur utilisation. Les normes resteront essentielles, mais elles s'exprimeront de plus en plus à travers la manière dont les données sont produites, contrôlées et utilisées pour piloter la transformation de l'entreprise.

 

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Pourquoi la souveraineté des données doit-elle désormais entrer dans les priorités des directions RSE ?

Parce que les directions RSE s’appuient de plus en plus sur la donnée pour piloter leurs engagements. On ne parle plus seulement d’un reporting annuel consolidé en fin d’exercice. Les données ESG circulent entre les sites, les filiales, les fournisseurs, les partenaires et parfois plusieurs zones géographiques. L’entreprise doit donc savoir si elle garde réellement la maîtrise des données sur lesquelles elle fonde ses décisions.

 

C’est un sujet très concret. Derrière une donnée carbone, un indicateur social ou une évaluation fournisseur, il y a un lieu de collecte, un outil, un hébergement, des droits d’accès et un cadre juridique. Lorsque ces informations sont collectées à l’échelle mondiale, l’entreprise doit pouvoir tracer leur origine, sécuriser leur circulation et comprendre les règles qui encadrent leur usage.

 

L’IA renforce cette exigence. Elle peut aider à analyser plus vite, à croiser des indicateurs et à repérer des signaux faibles. Mais elle ne crée pas de confiance si les données de départ sont mal qualifiées, dispersées ou hébergées dans des environnements insuffisamment maîtrisés. Pour les directions RSE, l’enjeu est de pouvoir expliquer les résultats produits, y compris lorsqu’ils sont enrichis par l’IA.

À mon sens, la souveraineté des données devient un sujet RSE à part entière. Elle conditionne la fiabilité du reporting, la crédibilité des engagements et la capacité de l’entreprise à décider en connaissance de cause. Une stratégie RSE robuste ne repose pas seulement sur ce que l’on mesure. Elle dépend aussi de la manière dont on maîtrise les données qui permettent de le mesurer.

 

Je ne le crois pas. En revanche, leur rôle évolue vers une compréhension toujours plus fine des interdépendances qui traversent l’entreprise.

 

Pendant longtemps, les organisations ont structuré leurs expertises par domaine. Les achats suivaient les fournisseurs, les équipes cybersécurité protégeaient les systèmes d’information, les directions juridiques veillaient à la conformité et les directions RSE traitaient les enjeux environnementaux, sociaux et sociétaux. Cette spécialisation a du sens, mais elle rencontre une limite face aux événements réels. Les risques et les crises ne respectent pas les frontières organisationnelles.

 

Prenons l’exemple d’un fournisseur critique touché par une cyberattaque. Les conséquences dépassent rapidement le seul périmètre informatique. La production peut être ralentie ou interrompue, des obligations réglementaires mises à mal, des engagements envers les clients fragilisés et la réputation de l’entreprise exposée. Il ne s’agit pas de plusieurs risques indépendants qui s’additionneraient, mais d’un risque systémique, dans lequel un même événement produit des effets en cascade sur l’ensemble de l’organisation.

 

C’est précisément là que le rôle des directions RSE devient plus stratégique. Elles n’ont pas vocation à centraliser tous les risques de l’entreprise. En revanche, elles disposent souvent d’une vision transversale de la chaîne de valeur, des parties prenantes et des dépendances critiques. Cette position leur permet d’éclairer les interactions entre des enjeux longtemps traités séparément et de contribuer à une lecture plus réaliste des risques.

 

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Quelle est, selon vous, la grande question que les directions RSE devraient se poser aujourd'hui ?

À mon sens, la grande question des directions RSE n’est plus “Comment rendre l’entreprise plus durable ?” mais plutôt “Comment aider l’entreprise à rester viable dans un monde qui change plus vite qu’elle ?”. 

 

Pendant des années, les directions RSE ont construit des méthodes pour mesurer les impacts, structurer les trajectoires et répondre à des exigences croissantes de transparence. Ces missions demeurent essentielles. Mais aujourd’hui, les défis qui s’imposent aux organisations sont plus larges : tensions sur les ressources, risques climatiques physiques, déploiement de l’intelligence artificielle, évolution des métiers, dépendances technologiques mais aussi enjeux géopolitiques.

 

La véritable responsabilité des directions RSE est désormais d'aider les instances dirigeantes à comprendre comment ces transformations interagissent entre elles et ce qu'elles impliquent pour la pérennité de l'organisation. Autrement dit, il ne s'agit plus seulement de mesurer les impacts du monde économique sur l'environnement, mais aussi d'anticiper les impacts des transformations du monde sur l'entreprise elle-même. C'est dans cette capacité à relier les enjeux climatiques, sociaux, technologiques et stratégiques que se jouera, selon moi, l'avenir de la fonction RSE.

 

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