Crises sanitaires à répétition, augmentation des maladies chroniques, pollution de l’air et de l’eau, perte de biodiversité… Ces phénomènes sont souvent abordés comme des sujets distincts, relevant tantôt de la santé publique, tantôt de l’environnement ou de l’agriculture. Pourtant, ils partagent une même toile de fond : nos modes de production, d’aménagement et d’interaction avec le vivant.
Et si ces enjeux n’étaient pas des crises séparées, mais les symptômes d’un seul et même déséquilibre entre la santé humaine, la santé animale et celle des écosystèmes ?
C’est précisément ce que propose le concept de One Health, « une seule santé ». Une approche systémique qui invite à repenser la prévention sanitaire, la gestion des risques et les stratégies RSE en considérant ensemble l’humain, l’animal et l’environnement, plutôt que de les traiter en silos.
One Health repose sur une idée simple : la santé des êtres humains, celle des animaux et celle de la nature forment un seul et même système. On ne peut durablement protéger l’une sans préserver les autres. Cette approche globale n’est pas théorique : près de six maladies infectieuses humaines sur dix sont d’origine animale, et trois quarts des maladies émergentes proviennent de la faune sauvage. Ces chiffres illustrent l’ampleur des interconnexions entre santé humaine, animale et environnementale.
Concrètement, One Health implique une collaboration étroite entre médecins, vétérinaires, écologues et spécialistes de l’environnement : partage des données, coordination des actions et anticipation des risques à leur source, plutôt qu’une gestion a posteriori des crises sanitaires.
Si cette vision est formulée dès le XIXᵉ siècle par certains scientifiques, elle s’impose réellement après les grandes crises sanitaires des années 2000, du SRAS au COVID‑19. L’enjeu est d’autant plus critique que, sans changement de trajectoire, la résistance aux antibiotiques pourrait être responsable d’environ 10 millions de décès par an d’ici 2050.
On parle de zoonose lorsqu’une maladie se transmet de l’animal à l’humain. Grippe, Ebola, rage, salmonellose ou COVID‑19 en sont des exemples bien connus. Plus de la moitié des maladies infectieuses humaines ont aujourd’hui une origine animale, non par hasard, mais en raison de contacts de plus en plus fréquents entre humains, animaux domestiques, élevages intensifs et faune sauvage.
La destruction et la fragmentation des habitats naturels jouent un rôle déterminant. Lorsque forêts et milieux naturels cèdent la place à des infrastructures, des exploitations agricoles ou des zones urbaines, certaines espèces sauvages se retrouvent à proximité immédiate des activités humaines, augmentant mécaniquement le risque de transmission de pathogènes.
Certaines espèces, comme les chauves‑souris, hébergent naturellement des virus sans développer de symptômes, grâce à des mécanismes immunitaires spécifiques. Le danger n’est pas lié à l’animal en lui‑même, mais à la perturbation de son environnement. Lorsque les écosystèmes sont dégradés, les conditions sont réunies pour favoriser le spillover, c’est‑à‑dire le passage d’un virus d’une espèce à une autre, avec des conséquences sanitaires potentiellement majeures.
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L’antibiorésistance illustre parfaitement l’approche One Health. Les antibiotiques ne sont pas utilisés uniquement en médecine humaine : près des trois quarts de leur consommation mondiale concernent les élevages animaux. Ce recours massif favorise l’apparition de bactéries résistantes, qui circulent ensuite entre les animaux, les sols, l’eau, les aliments et les êtres humains.
Les conséquences sont déjà visibles. Des infections courantes deviennent plus difficiles à traiter, et sans évolution des pratiques, l’efficacité de nombreux traitements pourrait être fortement compromise. One Health propose d’aborder ce problème à la source, en coordonnant les pratiques agricoles, vétérinaires et médicales, plutôt que de gérer séparément leurs impacts. Soigner différemment les animaux, c’est aussi préserver la santé humaine.
Les écosystèmes naturels jouent un rôle fondamental dans la protection de la santé humaine. Des forêts en bon état filtrent l’eau potable, les zones humides régulent les inondations et hébergent une biodiversité qui limite la propagation de certains agents pathogènes, tandis que les insectes pollinisateurs sont essentiels à la sécurité alimentaire.
Lorsque ces équilibres sont rompus, les impacts sanitaires sont directs. La pollution de l’air provoque chaque année plusieurs millions de décès prématurés. La disparition des pollinisateurs fragilise durablement les systèmes agricoles. La déforestation accroît le risque d’émergence de nouvelles maladies. Dans la perspective One Health, la biodiversité devient ainsi une véritable infrastructure de santé publique.
Lesmodes de production alimentaire influencent directement les risques sanitaires et environnementaux. Les élevages intensifs concentrent des enjeux d’antibiorésistance et de contamination, tandis que les pratiques agricoles durables contribuent à préserver la santé humaine et celle des écosystèmes.
La qualité de l’eau illustre ces liens étroits : nitrates et résidus médicamenteux issus de certaines pratiques agricoles se retrouvent dans les nappes phréatiques, reliant gestion des sols, environnement et santé publique. Les espaces naturels, qu’ils soient ruraux ou urbains, participent aussi à la réduction du stress, à la régulation thermique et au bien‑être physique et mental.
Les animaux de compagnie s’inscrivent également dans cette logique One Health. Un suivi vétérinaire adapté limite les risques sanitaires tout en renforçant les bénéfices reconnus sur le bien‑être mental et physique des personnes.
La pandémie de COVID‑19 aurait dû constituer un tournant majeur en matière de prévention sanitaire. Très probablement issu de la faune sauvage, ce virus a provoqué des millions de décès et des pertes économiques considérables. Pourtant, malgré cette crise, les dispositifs de surveillance à l’interface entre santé humaine, animale et environnement restent insuffisants dans de nombreux pays.
Ce constat est d’autant plus frappant que des spécialistes de l’approche One Health avaient alerté, bien avant 2020, sur le risque d’une pandémie liée à un coronavirus d’origine animale. Ces signaux faibles ont longtemps été ignorés, notamment en raison d’un manque de coordination entre disciplines et de financements dédiés à la prévention.
Depuis 2020, des avancées sont néanmoins observables. Les investissements consacrés aux approches One Health ont augmenté et des programmes de surveillance conjointe se développent en Afrique, en Asie du Sud‑Est et progressivement en Europe. En France, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) incarne cette approche transversale en travaillant à l’interface santé humaine, animale et environnementale.
Dans certaines régions, ces dispositifs montrent déjà leur efficacité. En Afrique de l’Est, des systèmes d’alerte associant médecins, vétérinaires et écologues permettent de détecter précocement des signaux à risque et d’éviter des flambées épidémiques, démontrant qu’un investissement limité en prévention peut éviter des crises majeures.
La Bretagne illustre concrètement les enjeux One Health en Europe. Région de forte activité agricole, elle est confrontée à des problématiques de qualité de l’eau, de pollution aux nitrates et de prolifération des algues vertes, qui représentent des risques sanitaires autant qu’environnementaux. Par ailleurs, la résistance aux antibiotiques dans les élevages fait l'objet de travaux de recherche concrets : le laboratoire Anses de Ploufragan, l'un des deux Laboratoires Nationaux de Référence sur l'antibiorésistance animale en France et les équipes INRAE du centre Bretagne-Normandie contribuent directement à cette surveillance et à la recherche de solutions alternatives.
Parallèlement, la Bretagne est un territoire d’initiatives. Des coopératives agricoles réduisent l’usage des phytosanitaires, des programmes de préservation des zones humides sont déployés et des partenariats avec l’Inrae accompagnent l’évolution des pratiques. Cette préservation des sols et des écosystèmes, s’inscrit pleinement dans l’approche One Health.
L’approche One Health se traduit aussi par des choix individuels et collectifs. Les modes de consommation, la gestion des médicaments, la préservation des espaces naturels de proximité ou le soutien à des filières agricoles durables contribuent à renforcer la résilience sanitaire des territoires.
Informer, sensibiliser et intégrer ces enjeux dans les décisions publiques et privées permet enfin de mieux anticiper les risques et de construire des stratégies plus cohérentes, à l’intersection de la santé, de l’environnement et de l’activité économique.
One Health n'est pas une contrainte. C'est une façon de comprendre que prendre soin de notre environnement et de nos animaux, c'est aussi prendre soin de nous-mêmes.