Les grands chantiers de construction représentent une part importante des enjeux en santé et sécurité du travail (SST) au Québec. Des projets d’envergure comme le Réseau express métropolitain (REM) dans la région métropolitaine de Montréal ou le complexe hydroélectrique de la Romaine d’Hydro‑Québec, illustrent bien la complexité de ces environnements : coactivité, multiplicité des employeurs et des sous‑traitants, travaux réalisés sur de longues périodes et évolution constante des phases de chantier.
Dans ce contexte, la réduction de l’accidentologie ne peut se limiter à la conformité réglementaire ou à des contrôles ponctuels. Elle repose sur une démarche de prévention structurée, pilotée dans le temps et adaptée à la réalité terrain des grands chantiers, où la gestion de la SST devient un véritable levier de performance durable.
L’accidentologie désigne l’analyse méthodique des accidents du travail, des incidents et des quasi‑accidents afin d’en identifier les causes profondes et de prévenir leur récurrence. En santé et sécurité du travail (SST), elle s’intéresse autant aux facteurs techniques qu’aux dimensions organisationnelles et humaines.
Sur les chantiers de construction, cette approche est essentielle. Les conditions de travail évoluent rapidement, les équipes changent fréquemment et les risques se transforment au fil de l’avancement des travaux. Se limiter aux seuls accidents déclarés offre une vision partielle de la réalité et réduit la capacité d’anticipation.
À retenir : dans la majorité des cas, un accident grave est précédé de plusieurs signaux faibles. L’analyse des quasi‑accidents constitue donc un levier central de prévention des accidents.
Les grands chantiers de construction se distinguent par leur complexité organisationnelle. La présence simultanée de plusieurs employeurs, la diversité des métiers et la rotation élevée de la main‑d’œuvre rendent la gestion de la SST plus exigeante. À cela s’ajoutent des contraintes opérationnelles importantes : échéanciers serrés, travaux en hauteur, circulation d’équipements lourds et exposition aux conditions climatiques.
La coactivité amplifie ces risques. Lorsque les tâches se chevauchent sans coordination suffisante, les interactions entre les équipes deviennent une source majeure d’accidents. Dans ce contexte, une prévention fragmentée ou uniquement documentaire montre rapidement ses limites.
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Sur de nombreux chantiers de construction, la prévention demeure encore trop souvent réactive. Les mesures correctives sont mises en place à la suite d’un accident ou lors d’une inspection. Or, cette approche ne permet pas de réduire durablement l’accidentologie.
Une prévention des accidents efficace repose sur l’anticipation. Cela implique de recueillir systématiquement les observations terrain, d’analyser les situations dangereuses et de prendre en compte les comportements à risque. Les organisations les plus performantes utilisent ces données pour identifier des tendances et prioriser leurs actions de prévention avant qu’un accident grave ne survienne.
Au Québec, la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST, art. 196-198) confère au maître d’œuvre la responsabilité de coordonner l’ensemble des mesures de prévention sur un chantier de construction, notamment afin d’assurer une gestion efficace des risques liés à la coactivité et à l’évolution des travaux.
Une gouvernance SST efficace repose sur une répartition claire des responsabilités, une communication structurée entre les intervenants et un suivi rigoureux des actions correctives. Sans cette coordination, les pratiques de gestion de la SST varient d’un employeur à l’autre, ce qui augmente les risques liés à la coactivité.
La hiérarchie des mesures de prévention est un principe fondamental du Code de sécurité pour les travaux de construction. Elle vise à éliminer ou réduire les risques à la source avant de recourir aux équipements de protection individuelle.
Sur les chantiers de construction, cette hiérarchie est particulièrement déterminante pour les travaux en hauteur. Les protections collectives, comme les garde‑corps, doivent toujours être privilégiées. Lorsque ces mesures sont impossibles, les systèmes de protection individuelle doivent être utilisés dans un cadre strict, accompagné de formations adéquates et de procédures de sauvetage conformes.
Selon la CNESST, les chutes figurent parmi les principales causes d’accidents graves et mortels sur les chantiers de construction au Québec. La prévention des chutes repose sur une combinaison de mesures techniques, organisationnelles et humaines, intégrées dès la planification des travaux.
Sur les grands chantiers de construction, la supervision SST ne peut être occasionnelle. Elle doit faire partie intégrante du quotidien des opérations. Les tournées de chantier, les inspections terrain et les échanges réguliers avec les équipes permettent de détecter rapidement les écarts et de corriger les situations dangereuses.
Cette présence terrain contribue également à développer une culture de prévention. Elle démontre que la santé et sécurité du travail est une priorité opérationnelle, au même titre que la qualité et le respect des délais.
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La gestion de la SST sur les grands chantiers génère un volume important d’informations : inspections, observations, formations, permis de travail et plans d’action. Sans outils adaptés, ces données demeurent souvent sous‑utilisées.
Les solutions numériques spécialisées, permettent de structurer cette information, d’assurer la traçabilité des actions et de soutenir le pilotage de la SST. Elles offrent une vision globale de la performance SST et facilitent la coordination entre les intervenants.
Sur les chantiers de construction, certaines situations à risque reviennent de façon récurrente dans les analyses d’accidents. Comme mentionné précédemment, les travaux en hauteur demeurent l’une des principales causes d’accidents graves et mortels, notamment lorsque les protections collectives sont absentes ou mal adaptées à l’évolution des phases de travaux. Les chutes surviennent souvent lors des travaux de structure, de toiture ou de finition, lorsque la prévention n’a pas été intégrée suffisamment tôt à la planification.
La circulation d’engins constitue également un risque majeur sur les chantiers, en particulier lorsque les zones de déplacement des piétons et des équipements mobiles ne sont pas clairement définies. Les collisions et les écrasements sont fréquemment liés à une organisation inadéquate de la circulation, à un manque de visibilité ou à une supervision insuffisante.
Enfin, la coactivité, caractéristique des grands chantiers, augmente le risque d’accidents lorsque plusieurs corps de métier interviennent simultanément sans coordination adéquate. Les interférences entre tâches et les changements rapides de conditions de travail peuvent alors générer des situations dangereuses.
Ces constats montrent que la réduction de l’accidentologie ne peut reposer uniquement sur des règles ou des équipements. Elle passe par une prévention structurée, intégrée à l’organisation du chantier, à la planification des travaux et à la coordination de toutes les parties prenantes.
Sur les grands chantiers, certaines erreurs en matière de prévention reviennent fréquemment et limitent l’efficacité des démarches en santé et sécurité du travail. L’une des plus courantes consiste à se concentrer principalement sur la documentation, sans assurer une présence suffisante sur le terrain. Des procédures bien rédigées perdent rapidement leur valeur si elles ne sont pas appliquées et adaptées à la réalité quotidienne du chantier.
Une autre erreur fréquente est d’intervenir principalement après la survenue d’un accident grave, plutôt que de s’appuyer sur l’analyse desincidents mineurs et des quasi‑accidents. Cette approche réactive empêche d’anticiper les risques et de corriger les situations dangereuses avant qu’un événement sérieux ne survienne.
Enfin, la prévention est souvent affaiblie lorsque les responsabilités ne sont pas clairement définies ou partagées entre les différents intervenants. Sans coordination efficace, notamment dans un contexte de coactivité, les mesures de prévention deviennent inégales et incohérentes d’un employeur à l’autre.
À l’inverse, les démarches les plus efficaces sont celles qui misent sur une organisation claire de la prévention, une coordination active des intervenants et une amélioration continue des pratiques, adaptées à l’évolution constante des travaux.
Réduire l’accidentologie sur les grands chantiers de construction nécessite une approche structurée, anticipative et coordonnée. En s’appuyant sur une gouvernance claire, une présence terrain renforcée et des outils adaptés, les organisations peuvent transformer la prévention en véritable levier de performance durable.